Jeudi 30 juillet 2009
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Alors que j'ai une liste de choses importantes, souvent
obligatoires et pas toujours intéressantes à faire, moi ce que j'aime pendant mon temps libre, c'est faire des trucs totalement inutiles qui n'aboutiront à rien. Et reporter le reste à plus tard,
le plus tard possible, en fait.
Par exemple, si il me reste une dizaine de pages d'un scénario à lire, et que je dois l'avoir fait avant
l'arrivée au bureau, je profite de mon voyage en métro pour jouer à la DS. Et les dix pages, je les lirai en speed tout en répondant au téléphone et en tapant un mail super urgent, une fois au
travail.
Si la vaisselle a envahi mon évier, que mon sol est recouvert d'un centimètre de cheveux, poils de chat et
poussière, je vais plutôt choisir de lire un livre, regarder un film ou téléphoner à ma mère, et j'attendrai le dimanche soir 23h45 pour me décider à décrasser la barraque. Puis je râlerai le
lundi matin parce que je me serais couchée à 2h du mat' et que je serais nase de chez nase.
Si je dois remplir ma déclaration d'impôts et que c'est la date butoir justement aujourd'hui, je vais
décrêter qu'il y a un film que je veux absolument voir au cinéma, et je vais pas me gêner pour y aller.
Comme quand en troisième on a un exposé de sciences naturelles coefficient 3 à préparer pour le lendemain,
mais que c'est ce soir-là qu'est diffusé l'épisode de Beverly Hills dans lequel on va enfin savoir si Kelly choisit d'épouser Brandon ou Dylan. C'est bureau ou télé. Ce sera
télé.
Ce qui m'amène donc à raconter un épisode de l'année de mon bac.
Enfin la première année où je me suis dit, tiens, si je passais le bac.
Puisque maman serait d'accord pour que je monte à la capitale et que je tente ma chance dans le monde -pourri
du ciné si j'ai le bac en poche, je vais me le faire. Enfin, du moins, je vais essayer.
Pleines de bonnes intentions et résolutions, après sept mois de glande quotidienne, à faire la fête le soir,
apprendre par coeur toutes les répliques des DVD des Robins des Bois et dévorer du Régine Deforges de la Bicyclette bleue aux Généraux du Crépuscule, j'ai décidé d'acheter les
livres de commerce, d'éco, de droit, de compta et j'en passe, pour les gens censés être en terminale STT ACC. Bref, ma passion.
J'ai rangé ma chambre, au moins en surface, histoire d'avoir un minimum de place sur mon bureau pour
m'adonner à ce qui allait devenir mon activité quotidienne pendant deux mois, approvisionné un stock de stylos, crayons et feuilles doubles à carreaux, installé un bon coussin sur ma chaise,
établi une sélection de tous les CD qui m'accompagneraient dans cette aventure et me suis fait la promesse d'oublier l'existence de l'ordinateur, de la télé, du frigo, des boites de nuit et des
amis pendant cette période.
J'en étais à peine à me confectionner un planning digne d'une
bachelière modèle sur une feuille A3, arborant un beau tableau plein de couleurs, de jours et de matières, quand c'est arrivé.
Le drame. Avec du recul, c'en est un.
Sur l'instant, c'est juste du bonheur.
Quand la petite K., que je gardais parfois le samedi soir pendant que sa maman sortait, a eu la grande idée
de me prêter ... Les Sims 2 pour PC.
Si, vous savez, ce jeu de simulation dans lequel on construit des maisons et fait vivre des
personnages.
Presque comme dans la vraie vie.
Pour la petite histoire, ma soeur Claire avait déjà la première
version, la plus simple, basique, sans grande nouveauté visuelle pour un jeu vidéo, mais déjà sacrément géniale dans l'idée. Et dès cette acquisition, deux ou trois ans auparavant, j'avais mis le
grapin dessus et ce jeu était officieusement devenu ma propriété. J'avais construit des maisons sur tous les terrains de la ville sans exception, fait des familles de cinq personnes minimum dans
chacune, bref, c'était rentabilisé. Ma soeur en avait eu pour son argent. Ou moi pour le sien, plus exactement.
Mais lorsque j'ai eu la deuxième version en mains, celle avec
toutes les nouvelles fonctions, le nouveau design, les différentes villes, j'ai été prise d'une euphorie limite à me faire enfermer entre quatre murs pour me calmer.
Et c'est justement ce que j'ai fait. Mais pas à l'hosto, dans ma chambre.
Ca c'est certain, pendant deux mois, je n'ai pas décollé le cul de la chaise de mon bureau.
Sauf que j'ai pas travaillé ne serait-ce qu'une minute. J'ai remis à plus tard. Comme je sais si bien le
faire encore aujourd'hui.
Du matin au soir, voire du matin au matin entre 5h et 6h jusqu'à ce que mes yeux n'en puissent vraiment plus,
la porte fermée à clef, j'ai bâti des maisons en tous genres, en pierres, en bois, avec de la tapisserie à motifs, unie, de la peinture, de la moquette, du carrelage, j'ai mis des fenêtres sur
les toits, j'ai creusé des piscines, construit des terrasses surélevées, planté des sapins, des chênes, des saules pleureurs, des fleurs. J'ai aménagé des centaines de pièces avec des mobiliers
hyper design, marocains, chinois, rustiques, modernes. J'ai célébré autant de mariages que de naissances, j'ai fait s'accoupler des vieux de 80 ans avec des nanas de 25, j'ai noyé dans la piscine
ou fait crâmer dans le four en flammes les riches et planté leurs pierres tombales dans le jardin pour permettre à leur vénale de bonne femme de garder le pactole et se la couler douce avec leur
amant, j'ai fait devenir lesbiennes les plus hétéros de toutes les filles de ma ville, j'ai fait partir à l'école militaire les dizaines d'enfants que je n'ai pas réussi à élever correctement,
envoyé les meilleurs en école privée, rendu folles les nourrices grabataires, tenté de séduire le directeur de l'école pour avoir une place d'office pour les gamins, appris à cuisiner des côtes
de boeuf et du saumon à l'aneth, à réparer une machine à laver. Je suis devenue mille fois chef de la police, j'ai été cent fois capitaine de l'équipe nationale de football, j'ai été infirmière,
secrétaire, militaire, serveuse, chef cuistot. J'ai été cambriolée, trompée, virée de mon boulot, détestée par mes gosses, j'ai pris de l'elixir de jouvence, je suis morte environ deux cent
fois.
J'étais accro.
A un jeu de malade mental.
Le jeu le plus génial qui ait été conçu dans l'histoire du monde.
J'ai passé un bac Sims.
Et j'ai pris 8,75 / 20 dans les dents.
Un petit tour au rattrapage, et un "non admis" au final.
Comme c'est bizarre.
Alors comme j'avais tout à fait consciemment remis l'obtention
du bac à plus tard, il a fallu tout donner de ma personne l'année d'après, à cet effet.
J'ai rendu son jeu à la petite K. et j'ai pris des cours au CNED.
Je suis devenue d'un sérieux qu'on ne m'avait jamais connu. Je n'ai plus allumé l'ordinateur que pour faire
des tableaux Excel, des camemberts, des courbes, des études de marché, bref, que des choses passionnantes qui me foutaient le moral dans les chaussettes mais que je ne pouvais pas remettre au
lendemain une nouvelle fois, sous peine de passer un an de plus dans ma campagne si loin de mes rêves.
Mais une fois ce satané bac en poche, les clefs de mon appart parisien
dans le sac, crois bien que j'ai pas attendu longtemps pour me payer d'occasion mon boitier de Sims 2 à moi rien qu'à moi.
Et c'était reparti pour un tour.
Quatre villes.
Cococity, Cocoland, Reencotown et VIPland. Dans l'une, des familles modestes et une hyper riche qui se la
pète devant les autres. Dans la deuxième, ma famille, mes potes et moi-même. La troisième, que des étrangers. Et la quatrième, que des stars. Guillaume Canet qui sort avec Madonna, qui le quitte
pour Will Smith, Vanessa Paradis qui fait un gosse avec Mickael Jackson dans le dos de Johnny. Bref, c'est ça les Sims, c'est le pouvoir de mettre en scène tous les scénarios les plus tordus et
les plus inimaginables qui soient. Si les trois quart des françaises y jouaient, j'aime autant dire que Closer, Public et bon nombre d'autres merdes en papier n'auraient plus qu'à mettre la clef
sous le paillasson.
Et pour peu qu'on ait les extensions, les Sims Chiens et Chats,
les Sims Superstar, les Sims en vacances, etc, c'est fini, on a plus de vie sociale.
Sauf que bon, là c'était plus l'année sabatique du bac, c'était le début de la vie active, donc j'ai réduit
les parties. Jusqu'à ne plus avoir le temps d'en faire du tout.
Ces deux dernières années, la vérité, c'est que j'ai pas joué. Ou si, une fois.
D'abord parce que je n'y pense pas forcément.
Puis, parce que ma vie réelle est encore plus folle que celle de mes personnages.
Mais aussi (et peut-être surtout), parce que j'ai pété le lecteur de disque de mon PC.
Du coup, j'ai guéri par obligation de ma dépendance à la Sims
attitude.
Et je sais qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour que ça me reprenne, arf.
Comme par exemple, la sortie des ... SIMS 3, en ce mois de juin
2009 !
Avec encore plus d'options, plus de trucs et de bidules, un design du délire, plus
d'espace.
Du bonheur dans un boitier, à 60€.
Partout, sur Facebook, sur la page d'accueil MSN, sur google,
chez mes potes, sur les journaux, sur les panneaux d'affichage dans la rue, même sur une Smart garée sur mon boulevard recouverte de personnages et de pubs pour ça, les Sims sont
présents.
C'est du harcèlement. Et j'en suis malade. J'y pense à peu près tous les jours, matin, midi et soir depuis
une semaine. Faut que je me fasse soigner. Ou que je réalise ce rêve, afin d'en finir avec cette torture.
Mais ça me couterait un bras de bébé que je n'ai pas, cette
histoire. Le jeu + un nouveau lecteur CD, voire un nouvel ordi puisqu'Arthur menace plus que jamais depuis quelques semaines de rendre l'âme. Et surtout, je risquerais d'y perdre amoureux, amis,
travail et blog. Pour des faux gens dans des fausses maisons dans une fausse ville, ce serait ballot quand même.
Allez, on va continuer à vivre et y a qu'à remettre ce délicieux
achat à plus tard ...
(arghhhhhmpfgrrrrrarghhhhhhh)
J'peux vous dire, qu'à côté de ça, la dépendance à la bouffe ou la clope, c'est du pipi de chat.
Billet extrait de l'ancien blog.
Par Mademoiselle Coco
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Publié dans : J'ai testé, j'ai adoré.
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