Ouh ben j'aurais jamais cru revenir ici de si tôt.
Ben oui, parce que mon ordinateur, Arthur de son prénom, après une longue agonie de plusieurs mois, et un bon virus il y a deux semaines, a rendu l'âme il y a quelques jours. Au moment-même où
j'ai voulu sauvegarder tout ce qui m'est cher sur mon disque dur externe, parce que je sentais la fin proche, alors que je branchais la prise USB, clac. Plus d'Arthur. Ecran noir. Impossible de
le rallumer.
C'est ballot quand même. Tout mon travail récent, mes écrits, toutes mes photos de l'année en cours, mes trucs et mes bidules. Plus rien.
Je me suis énervée une heure ou deux, j'ai tout traffiqué, et ne voyant rien fonctionner, j'ai abandonné.
J'ai regardé par la fenêtre comme pour rester zen devant un beau paysage, mais finalement j'ai serré mes dents très fort, j'ai éructé un espèce de "arghhhh" et j'ai tapé un petit coup un
peu fort en fait sur le cadavre d'Arthur. J'ai pensé au prix d'un PC neuf et j'ai laissé l'idée tomber de suite.
Après, j'ai appelé ma mère pour lui confier ma colère et mon désespoir, qui m'a bien calmé en deux secondes en me disant "Et alors, c'est pas la fin du monde?".
Le truc, c'est que quand ma mère dit quelque chose, bien que ce quelque chose ait chatouillé mes nerfs déjà en activité, j'y réfléchis vraiment. Elle aurait dit "Pense aux moutons du
Larzac", je l'aurais fait. C'est normal, c'est ma mère, elle a toujours raison.
Alors j'ai essayé de relativiser, j'ai commencé une vie sans informatique. Comme il y a plus de dix ans. Autant dire que j'ai découvert un autre mode de vie. C'est qu'on s'y fait vite à ces
bêtes-là. Par contre, c'est autre chose de s'en défaire.
Comment ça se passe? Qu'est-ce qu'on fait quand on n'a pas d'ordinateur?
On tricote une ou deux heures de plus par jour.
On imagine et se lance dans des recettes de tarés dont on ne sait pas si elles ne fileront pas de maladie au ventre parce qu'on a plus internet pour vérifier si ce qu'on fait est mangeable.
On redécouvre dans sa bibliothèque des livres qu'on a adoré il y a dix, douze, quatorze ans et on les réouvre.
On fait du rangement, du tri.
On invente des jeux avec son chat, des courses d'étendoir à roulettes, des scratchs contre la porte de la douche.
On ramasse des feuilles dans la rue qu'on fait sécher en vue de faire des bricoles artistiques.
On répond aux lettres et colis reçus (certaines d'entre vous ne vont pas tarder à les recevoir) sur du papier à carreaux, restes des années lycée, en ressortant le stylo plume et on fait un petit
voyage à la Poste pour envoyer tout ça.
On attend la nuit pour aller cueillir des roses sauvages dépassant d'une clôture dans le quartier d'à côté.
On danse en passant l'aspirateur, la musique à fond.
On fait la vaisselle quand on s'ennuie deux minutes. Ou les vitres, qu'on ne fait d'ordinaire à peu près ... jamais.
Et le top du top, c'est qu'on arrive à passer trente minutes au bord du lac avec trente canards, deux cygnes, un héron, dix poules d'eau et plein de mouettes, à leur jeter du pain rassi sans
s'ennuyer.
Pire, on se marre toute seule grâce à eux parce qu'on peut dire ce qu'on veut, mais le canard est loin d'avoir inventé l'eau chaude, et on a l'air d'une folle furieuse devant tout le
voisinage.
Au bout de quelques jours, je suis repassée à côté de mon cher Arthur que je n'avais pas l'intention d'inhumer, espérant que le jour où j'en aurais eu les moyens, je l'aurais fait autopsier et
aurais récupéré quelques uns de ses organes.
J'ai posé mes doigts sur lui, je l'ai caressé tout doucement. Il était si froid.
Lui qui d'ordinaire, vieillissant, était bouillant au bout de deux minutes. Ca m'aurait presque fait de la peine.
Si ça ne m'avait pas énervé.
Zen.
Je me suis assise sur le coin de mon lit, Arthur sur mes genoux. Je l'ai ouvert, j'ai constaté qu'il était mort plus sale que jamais, et je me suis promis que le prochain, j'en prendrai très
soin. Du moins, je ferai en sorte qu'il n'y ait pas une tâche tous les trois centimètres sur l'écran.
J'ai senti en son dessous un petit bouton auquel je n'avais jamais fait attention. Je l'ai retourné et ai découvert un "titoulet", comme on dit chez moi, qui servait apparemment à enlever la
batterie.
Alors j'ai tiré dessus.
Et j'ai viré la batterie.
Sans savoir pourquoi. Peut-être pour avoir l'impression de le faire vivre encore un peu, de faire mumuse avec lui. Ou peut-être juste parce que j'avais rien d'autre à faire.
Je me suis dit, " Si ça se trouve, ça change quelque chose d'enlever la batterie, faut voir".
Alors j'ai appuyé sur le bouton d'allumage d'Arthur, sans franchement d'espoir.
Et là ... my God, my God, my God ... V'là t'y pas qu'Arthur s'éclaire, et s'allume.
Une résurrection en direct.
Un truc de fou.
L'informatique est relié avec le Ciel.
Faut dire qu'en six ans, c'est quand même la deuxième fois qu'il me fait le coup. Donc ça m'extasie pas autant que la première, forcément.
Mais quand même, j'y croyais pas une seconde.
Je me voyais déjà revivre au temps de Laura Ingalls et je commençais à m'y faire, voire à bien aimer ça ...
Je vaix couper la poire en deux, alors.
Désormais, un peu d'ordi et beaucoup de vie.
PS : j'ai je ne sais combien de mails de retard à cause de mon organisation pourrie d'avant et à cette panne, mais je répondrai à tout le monde. Juste, laissez-moi encore quelques
jours.
PS² : Sabine 33 aurait-elle la gentillesse de me contacter par mail ?
PS3 : Merci pour vos voeux de rétablissement, c'est en voie de guérison, mais il se pourrait que le bonhomme ait chopé la grippe A alors que je suis en pleine rhinotrachéite, donc je suis
peut-être pas sortie de l'auberge.
mais bien vite tu va tout sauvegarder sur un disque dur amovible, dés fois qu'il te refasse le coup rapido.
Soignes bien ton bonhomme
bon dimanche
Bisous
Mhhh ! Tu vas pouvoir nous mettre pleins de nouvelles recettes alors...
Bisous la miss !
Tu y passes combien d'heures par jour sur l'ordi? C'est vrai qu'on oublie un peu ce qu'il y a à faire à côté...
Bisous
Mais j'y passe pas longtemps.
En règle générale, il est allumé toute la journée, et j'y viens genre 5 min toutes les heures. Des fois je reste plus longtemps. Mais depuis quelques mois, je sature devant l'écran, j'arrive pas à y rester.
Alors de pas l'avoir eu quelques jours, ça m'a fait du bien, au final.
Gros bisouuuuuuuuus.