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Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /2009 13:01




Il y a quelques jours, vous l'avez peut-être vue aussi, je suis tombée sur Muriel Robin chez Ruquier. Si elle m'a tant marquée, c'est qu'elle a parlé d'un sujet que je connais, puisque je le vis actuellement.

Elle a parlé ouvertement devant une caméra de ce que les médecins appellent le "Burn out". Elle a expliqué comment elle se sentait lorsqu'elle l'a vécu. Ca m'a vraiment touchée. Je me suis sentie comprise, pour la première fois. J'ai découvert quelqu'un qui avait vécu ce que j'étais en train de vivre, ça faisait beaucoup de bien.
Alors j'ai décidé à mon tour qu'il fallait en parler, pour peut-être que d'autres se sentent compris aussi.
D'autant plus qu'on est en plein dans le sujet, avec l'organisation de la lutte contre le stress au travail, maintenant que ça intéresse le gouvernement. Puisque bon, 24 suicides dans une même entreprise ça commence un peu à entâcher l'image de la France. Du coup elle se bouge un peu.

Bref, même si nous on est pas payés pour le faire, parlons-en.


Pour moi, ça a commencé comme ça.
Des journées au bureau qui s'allongent, l'air de rien. Pas parce qu'on te le demande de vive voix, juste parce que les dossiers s'empilent et que si personne ne les traite, ils vont pas se faire tous seuls. Après, tes patrons te disent "Mais ne restez pas si tard ... Rentrez chez vous". Toi, tu réponds rien mais tu penses "Ben ok, je m'en vais, mais faudra pas venir gueuler demain quand la moitié du travail ne sera pas fait et qu'on sera connement passé à côté de 300 000€ par ci pour boucler tel film ou 150 000€ par là pour tourner tel autre et que de fil en aiguille on va mettre la clef sous la porte". Donc tu restes et tu bosses. Parce que personne ne le fera à ta place.

Tu rentres chez toi à toutes les heures, avec le récapitulatif de ta journée dans le sac, que tu liras et reliras dix fois avant de dormir pour être sûre que t'as pas fait une bêtise, que t'as rien oublié. Avec un peu de chance, tu rêveras du travail, tu te réveilleras en sursaut pendant la nuit en étant persuadée que tu as oublié d'envoyer le mail le plus important du siècle ou que tu t'es trompée de 10 000€ dans un budget.  Et tu ne te rendormiras plus, tu referas tes calculs en pleine nuit, tu envisageras d'aller au bureau quatre heures plus tôt pour tout revérifier et ratrapper le coche si tu t'es effectivement plantée. Tu auras mal au ventre tellement tu angoisses et tu penseras qu'à cette heure-ci, tes patrons ronflent tranquillement sous leur couette.

Pendant ce temps, il y a dix sms d'amis, trois messages de ta mère sur le répondeur, qui attendent que tu aies une minute à consacrer à ta propre vie pour leur répondre. C'est à dire demain matin dans le métro si t'as pas un scénario à finir de lire ou quand tu t'autoriseras une pause toilettes de plus de trente secondes. Ton entourage commence à mal prendre le fait que tu sois indisponible en permanence, il s'agace et te le fait savoir.  Tu ne sais pas comment expliquer que tu ne peux pas faire autrement pour le moment, tu dis que ce n'est qu'un passage, que ça va se calmer. Tu le penses vraiment, en plus.
Sur le comptoir de l'entrée de ton appartement, les factures et les courriers s'accumulent. Tu sais que tu prendras trois bonnes heures le week-end pour les traiter enfin.
Parfois, le soir, quand tu t'endors, il te reste quelques secondes d'éveil pour penser au fait que si tu avais des enfants, tu ne les connaitrais probablement pas. Ou peut-être juste leurs bouilles endormies quand tu as enfin dix secondes pour aller les observer vers minuit. Alors tu te félicites de ne pas en avoir.

Le lendemain, on te rajoute un, deux, trois dossiers. Parce que le patron a plein d'idées, plein de projets, qu'il veut se lancer dans telle aventure, mais qu'il oublie que si lui a les idées, c'est toi qui les traites ensuite. Toute seule. Avec tes deux seuls bras, ton unique cerveau et vingt-quatre heures par jour.

Honnêtement, sur le coup, tu ne te poses pas de questions. Tu ne te dis pas que c'est insurmontable. Tu penses juste à t'organiser au mieux, pour parvenir à tout faire, dans les délais et arriver au terme de chaque projet initié. Comme quelqu'un de professionnel, tout simplement.

Au fil des mois, tu n'as plus du tout de vie personnelle. Le vendredi soir, tu es tellement épuisée que tu vas fermer tes rideaux et ne les rouvrir que le lundi matin, avant de retourner au bureau. Parce que tu n'as plus le courage de rien. Tu te dis que ça ira mieux bientôt, que c'est juste un passage. Et le passage dure six mois ... un an.

A côté de ça, tu essaies au mieux de répartir les 1027€ que tu gagnes par mois contre toute ton énergie et tes capacités.
Dans le loyer, l'électricité, la carte de transport, le remboursement des études, l'assurance, la bouffe ...
Et au final, le 10 du mois, tu es à découvert. Sans t'être offert le moindre cadeau, même pas une bouteille de shampooing. T'as même pas réussi à tout payer, en fait. Donc tu reçois des mises en demeure, des lettres d'huissiers ... T'as plus rien, et encore il te manque de quoi manger pour le reste du mois. T'as beau demander, tu n'auras pas d'augmentation.

Donc en plus du stress du travail, tu as le stress de ta vie personnelle, dont d'ailleurs tu ne profites jamais.
En fait, ta vie n'est plus qu'un stress permanent.
Rien d'autre.
Tes amis continuent à te reprocher ton absence, tu continues à te justifier, et les disputes éclatent.

Puis un jour ...
Un jour, tu craques.
Parce que ton corps ne suit plus, tu n'es plus que l'ombre de toi-même.
Tu ne sais même pas comment tu as tenu jusque-là. Tu avais fini par croire que la vie, c'était ça. Alors il fallait la vivre, et puis c'est tout.
Surtout que ton métier, c'est ta passion. Et que dans ce métier, il n'y a pas de place. Donc la tienne, tu l'as et tu fais tout pour ne pas la lâcher.

Le jour où tu craques, tu vas voir ton médecin et tu lui racontes tout ça.
Lui, il te demande pourquoi tu n'es pas venue avant, que ce n'est pas raisonnable.
Il te met en arrêt maladie, il te dit qu'il n'y a qu'une chose à faire : te reposer, dormir, apprendre à éloigner les angoisses.

Le premier jour où tu restes à la maison, tout est chamboulé. Tu ne sais pas ce que tu dois faire, tu n'as pas l'habitude de ne rien faire. Tu as le cafard, tu pleures, tu pleures et tu pleures.
Mais ça te fait beaucoup de bien, de pleurer enfin.
Tu sèches tes larmes quand le téléphone sonne et que le bureau, en panique, t'appelle pour te demander de le sortir d'une situation qu'il ne peut pas gérer sans ta présence. Ca aussi, ça fait du bien. De se sentir indispensable, sans prétention. Juste parce que même si tu étais en train d'y laisser ta santé, tu faisais du sacré bon travail.
Tu as 26 ans, ton métier est de gérer des centaines de milliers d'euros, et tu le fais bien. Comment se plaindre de ça?

Les jours passent, et la fatigue ne part pas. Tu te traines, tu pleures toujours, tu te lèves à 13 heures, tu te recouches à 20 heures. Au réveil, tu es toujours aussi épuisée. Tu te sens totalement perdue. Tu ne sais pas si tu dois donner ta vie à ton travail. Tu commences à te demander si tu ne dois pas renoncer à ta passion pour enfin vivre un peu à côté du boulot. Faire quelque chose de moins intéressant, mais exister.
Tu n'es pas déprimée, juste perdue et vidée, à fleur de peau. Tout t'irrite, mais tu gardes ta colère à l'intérieur. De l'extérieur, ton entourage ne voit rien. Tu te montres toujours sous ton meilleur jour, tu ne restes pas enfouie dans ton lit, tu souris et tu fais bonne figure. Le reste du temps, quand tu es seule, tu remets tout en question, tu te demandes à quoi bon vivre ainsi, tu es au bout du rouleau. Seul ton bonhomme peut observer ce mal-être, à la maison, même si tu essaies de le cacher. Mais comme le reste du temps, tu as l'air d'aller bien, il ne comprend pas. Il ne sait pas ce que tu fais, ce que tu vis, mais il est présent, et ça t'aide beaucoup.
Tu retournes voir le médecin, avec des analyses de sang pas bien bonnes. Tu es sous anti-dépresseurs, et tu avoues que ça t'aide, cette fois-ci. Tu as moins d'angoisses. Les problèmes sont toujours là, mais tu relativises. Tu n'as plus de boule au ventre, c'est déjà ça.
Tu décris ton quotidien, ton état permanent au médecin. Il t'annonce que tu fais un "Burn out". Un mal du au surmenage, au stress du travail.
Il t'annonce qu'il te trouve forte, et que tu dois continuer comme ça.
Que d'autres ne tiennent pas, comme ceux de France Telecom, en somme. Ou ceux de Renault. Ou encore certains agriculteurs dont on parle moins dans les journaux mais qui en bavent tout autant. Ou les professeurs ... Ou tous ceux qui vivent la même chose que moi.
Ceux qui finissent par ne plus vouloir vivre et qui passent à l'acte.

Pendant tout ce temps, tu n'as fait que réfléchir, réfléchir, réfléchir.
Mais voici venu le temps de prendre une décision.
La plus difficile de ta vie.

Je te passe les détails, mais au final, dans mon cas, tu choisis de tout arrêter.
Tu te rends compte que ce n'est pas normal d'être usée à 26 ans. Alors tu vas renoncer à ta passion, finalement. Tu vas chercher ce que tu peux faire d'autre de ta vie. Autant dire qu'à cet instant-là, tu n'en as aucune idée.
Tu gardes l'espoir secret que tu trouveras une place dans ton domaine, mieux payée, mieux structurée, moins stressante.

Bref, tu sais que tout ça va prendre du temps, mais tu sais aussi que tu as pris la meilleure décision.
Le jour où tu as accepté de craquer.
D'en parler, de sortir de cet enfer qui n'en finissait plus.

Le stress au travail, il faut en parler, il ne faut pas hésiter à craquer.
J'espère que je n'aurais pas raconté tout ça pour rien.

Surtout que maintenant, n'oublions pas que le gouvernement a décidé de commencer à faire attention à nous ... Donc nous plaindre de ne plus avoir de vie devient légitime.

Mon burn out n'est malheureusement pas terminé, le médecin m'a dit que vidée comme j'étais, il me faudrait un an pour me remettre. Je suis repartie dans la galère de trouver du travail, de trouver une stabilité, ou au moins de trouver de quoi m'en sortir financièrement.
Essayez de ne pas en arriver là.

Merde, quoi. On va pas se laisser bouffer.

Sur ce, bon courage au travail.


Pour comprendre le burn out ==> link


Par Mademoiselle Coco - Publié dans : Tranche de vie. - Communauté : Apporte ta pierre à l'édifice
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