Mercredi 9 décembre 2009
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Le 6 décembre de chaque année, pour moi, est un jour presque aussi joyeux que celui de Noël.
Car c'est la Saint-Nicolas.
Pour certains, ce jour n'a pas plus d'importance qu'un autre. Pour moi, c'est une petite fête.

Saint-Nicolas, c'est un peu l'ancêtre du Père-Noël. Sa légende est surtout connue en Lorraine, où il est le saint-Patron et le protecteur des enfants, ainsi que dans les pays de l'est et du nord.
La légende veut qu'il ait rescussité trois enfants qui avaient été découpés par un boucher pour en faire du petit salé. Sur le coup, c'est pas très glamour. N'empêche qu'il les a ramenés à la
vie. Donc Saint-Nicolas, c'est un gentil.
Chaque année, trois semaines avant Noël, vêtu de son costume d'évêque, il fait le tour du monde sur une mule. Il vient la nuit vérifier que les enfants ont été sages durant les mois
précédents. Ceux-ci, la veille, ont déposé des carottes pour la mule et un verre de lait pour le vieillard devant leur porte. S'il s'avère qu'ils ont été de parfaits petits anges, le lendemain
matin, ils trouveront à la place de leurs présents des chocolats, des fruits, du pain d'épice et un petit cadeau. Si ils ont fait des bêtises, c'est le Père Fouettard qui sévit. Dans la légende,
il donne des coups de trique aux petits vilains. Une fois le travail fait, ils repartent tous deux et reviennent l'année suivante pour faire exactement la même chose.
Ma mère ayant grandi en Alsace et en Allemagne, elle a toujours fêté la Saint-Nicolas. Alors quand elle est devenue maman, elle a continué à fêter le 6 décembre avec nous trois. Aussi loin que je
me souvienne, Saint-Nicolas a toujours fait partie de mon existence. Le jour tant attendu arrivant, ma mère prévoyait toujours dans le frigo une demi-douzaine de carottes et une bouteille de
lait. Nous n'étions pas aussi patientes que le veut la petite histoire, l'attente ne pouvait pas être d'une nuit entière. Donc dès que nous rentrions de l'école, nous nous jetions sur les
présents à déposer sur le pas de la porte d'entrée. Parfois, nous lui faisions même un dessin. Puis, nous allions au bain, ou faire nos devoirs. Et comme par hasard, lorsque nous revenions dans
le salon, notre maman nous disait avoir entendu taper à la porte. Alors nous foncions sur la poignée de la porte, et une fois ouverte, nous découvrions le verre vide et trois petits paquets
qui nous faisaient saliver. Il y avait toujours un pain d'épice recouvert de sucre glacé avec un dessin représentant Saint-Nicolas sur le dessus, des chocolats, et une petit cadeau emballé. Et
comme il était trop fort, il nous amenait toujours quelque chose que nous souhaitions. Tel livre, tel CD, tel stylo, telle barrette, tel bracelet ...
Puis, nous passions à table pour déguster un repas de notre choix. Cela pouvait être aussi bien des crêpes que des croque-monsieurs, tout ce que nous ne mangions que très rarement. C'était un
vrai jour de fête.
Il est aussi arrivé, lors de périodes relativement rebelles, que le Père Fouettard vienne à la place de son acolyte. Pas pour mes soeurs. Juste pour moi. Parce que j'étais la moins sage. Mais ne
vous inquiétez pas, il ne donnait pas réellement des coups de trique. Non, il est bien plus vicieux que ça.
L'année de mes six ans, j'avais fait tellement de bêtises qu'il m'a pris ma trotinette que j'aimais tant. Rouge, avec du bois jaune et un guidon noir. Je l'ai cherchée partout, j'ai versé
toutes les larmes que peut verser une petite fille de six ans. Lorsque mon père m'a expliqué que c'était le Père Fouettard qui me l'avait enlevée pour me punir de mes bêtises (lancer des billes
sur ma soeur, voler la bague de ma mère pour l'offrir à ma maitresse, jeter les clefs de la voiture dans une grille d'égoûts, me sauver de l'école, dérouler les bandes des cassettes audio de mon
père, piquer des centimes dans la corbeille de la quête à l'église pour m'acheter des bonbons ... bref, c'était mérité ce vol de trotinette), j'ai apparemment relativisé et ai décidé d'être sage
pour que Saint-Nicolas revienne l'année suivante, si possible en me ramenant ma bestiole à deux roues. Jusqu'au jour où en faisant des roulades dans le garage, j'ai découvert au plafond, bien
coincée sur une grille par des tendeurs, ma jolie trotinette ! Ils ont fini par me la redescendre et ma mère a acquiescé quand j'ai demandé si c'était parce que j'étais devenue sage que
Saint-Nicolas ou le Père Fouettard me l'avaient ramené. J'étais super fière.
M'enfin, vingt ans plus tard, avec du recul, je me demande si mes parents étaient pas plus sadiques que le vieil homme en noir.
Bref.
Il se trouve que jusqu'à mes 22 ans, âge auquel j'ai quitté la maison familiale, j'ai fêté la Saint-Nicolas avec ma mère et mes soeurs. Avec les carottes, le lait et tout et tout. Je vous laisse
imaginer le grand n'importe quoi quand on pense que j'avais 22 ans, et mes soeurs 19 et 16.
Mais nous, on s'en foutait. C'était un moment qu'on aurait loupé pour rien au monde, même si on avait l'air de gamines pendant une soirée. Et je crois que ce soir-là, ma mère nous revoyait comme
les petites filles à couettes que nous étions encore quelques années auparavant.
Aujourd'hui, à 800 kilomètres de moi, mes soeurs continuent de recevoir leurs présents du 6 décembre mais je crois qu'elles ne font plus le lait et les carottes. On se souhaite une joyeuse
Saint-Nicolas chaque année, sans faute. Mais moi, de mon côté, comme je n'ai pas de mère ou de soeurs sous la main, ni d'enfant à initier, je me débrouille comme je peux.
Donc c'est le bonhomme qui s'y colle.
On ne fait pas le lait et les carottes, parce qu'il ne prend pas de bain à 19 heures ni ne fait de devoirs, et que je n'ai personne sous la main pour remplacer les présents par d'autres.
Donc il a eu son petit package dans son assiette, avant un repas qui change un peu de d'habitude. Il n'a pas eu de pain d'épice non plus, car impossible d'en trouver du bon dans le coin. C'est
mon grand regret.
Il a fallu que je lui raconte l'histoire de la Saint-Nicolas, pour qu'il comprenne quand même le délire de la journée, et je crois pouvoir dire qu'il a bien aimé. Il était désolé et culpabilisait
de ne pas avoir de cadeau pour moi, du coup il n'osait pas ouvrir les siens. Finalement, il s'y est mis (des choses à trois francs six sous, juste histoire de, mais qui lui
correspondaient), a détaillé les fruits et les chocolats. Puis il a souri et m'a dit avec les yeux pleins de tendresse que j'étais une vraie enfant. Et j'ai souri aussi, parce
que c'est tellement, tellement, tellement apaisant de pouvoir, une soirée dans l'année, être une enfant et oublier tout le reste.
Joyeuse Saint-Nicolas à tous (en retard, je m'excuse).
Par Mademoiselle Coco
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Publié dans : Nostalgie, quand tu nous tiens.
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