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Tranche de vie.

Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /2010 23:11

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Avec mon bonhomme, on est pas très branchés bars et boites de nuit.
Plus, en tous cas.
Il fut un temps ...
La trentaine approchant, ce corps qui est le mien ne tient plus jusqu'à 6 heures du mat' sur un dancefloor. A moins de prendre deux Guronsan et de pouvoir pioncer jusqu'à 20 heures le lendemain. Et deux jours pour m'en remettre.
C'est pas comme si j'en avais pas profité à fond jusqu'à 25 ans.
Tout ça n'est plus que (bons)  souvenirs.
Ce qui permet à mon foie de prendre des vacances, aussi. C'est pas plus mal de vieillir, finalement.

Non, maintenant qu'on se sent vioques, on privilégie les soirées entre amis et en amoureux.
Dans ce dernier cas, ce qu'on préfère, la soirée idéale, c'est une bonne pièce de théâtre dont on va parler encore et encore dans un petit resto, juste après.

Si bien que lorsqu'il a fallu trouver un cadeau pour la Saint-Valentin, dont on se fout royalement, mais c'était l'occasion, j'ai économisé € par € pour nous offrir deux places pour une pièce qui allait forcément lui plaire.

Mon bonhomme, il a officiellement moi en number one dans son coeur.
Mais je me bastonne cette place avec deux rivales, casées de leur côté et pas au courant du tout, surtout.
A égalité, j'ai nommé Scarlett Johansson et Mélanie Laurent.
Autant dire que je peux pas en piffrer une seule. Et que même si je leur reconnais un certain talent pour leurs métiers, j'ai du mal à en dire du bien.
Vu que je suis jalouse.

Scarlett, y a peu de chances qu'il la voie un jour, pour cause de milliers de kilomètres la séparant de mon bonhomme. Mélanie, ça pouvait s'arranger.
Elle joue au théâtre depuis le mois dernier dans "Promenade de santé", une pièce écrite pour elle et mise en scène par Nicolas Bedos.

J'ai donc serré ma ceinture et pris deux places sur Billetréduc, parce qu'on le sait, d'habitude, c'est le bonhomme qui paie nos sorties (oui, je suis entretenue pour tout ce qui est loisirs, et j'ai même pas honte). Et j'ai décidé de prendre sur moi pour supporter la Mélanie le temps d'une soirée. Mais que ne ferais-je pas pour cet énergumène qui partage ma vie? (quart d'heure loveuse terminé, je vous rassure).

L'idée, c'était de lui faire la surprise. Je l'ai donc prévenu qu'il devait poser son jour le 4 mars mais qu'il n'en saurait pas plus. Le soir de la Saint-Valentin, je lui ai offert une enveloppe toute blanche.
Il est devenu blème et n'osait pas l'ouvrir.
Il m'a avoué plus tard qu'il croyait que c'était une échographie ...

Finalement, il y a découvert une simple carte postale, représentant deux chiens se promenant sur le champs de Mars, avec la Tour Eiffel en deuxième plan. Derrière, j'avais juste inscrit "Indices n°1 et 2".

- Tu veux m'offrir un chien qui vient d'un chenil à Paris?

C'était pas gagné ... Mais tant mieux, il allait cogiter et moi, ça me faisait marrer.
La vérité, c'est que c'est pas évident de trouver une photo de carte postale qui représente une promenade.
J'avais pas mieux. Promenade des chiens (mais les chiens, vous l'aurez compris, on s'en fout) et Tour Eiffel qui veut dire qu'on ira à Paris.

Quelques jours plus tard, alors qu'on regardait la télé, il s'est aperçu que j'avais des trucs bizarres sur les jambes. Des arbres dessinés au stylo vert, des fleurs ... et inscrit "Indice n°3".

- Tu veux m'offrir un chien qui vit dans un jardin de Paris?

Cogite mon bonhomme, cogite.
Les plantes, c'est pour représenter une pépinière, vu que la pièce se joue au théâtre de La Pépinière. (Pour info, hier soir, il m'a confié qu'il croyait qu'une pépinière était un jardin d'enfants, une crêche, en somme ... No comment).

Il y a deux semaines, nous étions au restaurant chinois, assis sur de jolies chaises d'un rouge semblable à celui des sièges de théâtre.
Lorsque je me suis levée pour aller au toilettes, j'ai laissé à ma place une feuille de papier avec pour seule inscription "Indice n°4", face à lui.

Lorsque je suis revenue, il était plié de rire.

"Il est rouge le chien?"

Et moi je riais intérieurement, de gentille moquerie.

Le lendemain, lorsqu'il s'est levé, il a poussé une petite gueulante en voyant l'écran de son ordinateur. "Oh non, mais qu'est-ce que t'as fait sur mon PC ???"
Ben, j'avais fait mumuse.
J'avais tapé "Indice n°5" sur une photo de Laurent Blanc, l'entraîneur de l'équipe de Bordeaux.
Et multiplié la photo en je ne sais combien, pour faire une mosaïque en fond d'écran. Mouhahaha.
On aura compris, nous qui connaissons la surprise, que l'indice était "Laurent", de Mélanie Laurent.

Il ne m'a plus parlé de chien, parce que là, je crois qu'il était totalement paumé.

Il y a trois jours, il a tenté de me faire cracher le morceau en me faisant croire qu'il connaissait le 6ème indice et qu'il avait trouvé la surprise.

"L'indice, c'est bleu.
- Bleu?
- Ben oui, blanc de Laurent, rouge de la chaise, et bleu. Bleu blanc rouge quoi.
- Heu ... J'avais pas pensé à ça. Désolée, mais non, c'est pas ça l'indice.
- Si, je sais que c'est ça.
"

Et non !
Le lendemain, à table, il a trouvé une enveloppe.

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Il s'est empressé de l'ouvrir et a été assez surpris en découvrant le contenu.
L'historique de l'hôpital Saint-Anne, à Paris.
L'hôpital psychiatrique, donc.
Puisque l'histoire de la pièce se déroule dans un établissement semblable à celui-là.

Alors là, il a oublié les chiens, le bleu blanc rouge, et il a foncé direct sur un plan de Paris pour voir tout ce qu'il y avait dans la rue Sainte Anne à Paris. J'ai pas cherché à comprendre son raisonnement, je l'ai laissé faire en me marrant.

Le plus compliqué, ça a été de tout faire pour qu'il ne découvre même pas que Mélanie Laurent jouait au théâtre.
Pas évident quand on sait qu'il travaille sur un des Grands Boulevards, là où sont la plupart des théâtres, mais surtout où il y a une colonne Morris et un grand panneau Decaux tous les dix mètres, tous faisant la publicité des pièces du moment. Quand on s'y baladait ensemble, j'ai tout fait pour détourner son regard en permanence "Oh, regarde les moulures de l'immeuble", "Il pleut non, regarde dans le ciel", "J'ai pas un cil dans l'oeil?", et j'en passe. Quand il y était tout seul, impossible de faire quoi que ce soit, à part espérer.
Et évidemment, comme la miss Laurent joue dans La Rafle qui sort la semaine prochaine au cinéma, on la voit partout à la télé en ce moment, et elle parle aussi de sa pièce. Donc à chaque passage que je voyais, j'appelais immédiatement le bonhomme pour lui raconter n'importe quoi, juste pour être sûre qu'il n'était pas devant la télé.
Un mois comme ça, je vous garantis que c'était pas évident.


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Alors le jour J, hier, j'avais hâte que ça se termine.
On est partis en RER, il ne savait toujours rien, ni où on allait, ni pourquoi.
Arrivés sur l'avenue de l'Opéra, je lui ai bandé les yeux avec un foulard hyper craignos pour le look, mais il l'a vite retiré parce que quand je co-pilote, ça craint encore plus que le foulard.
On a failli se faire écraser deux fois parce que je croyais que c'était vert pour nous, mais c'était rouge. Ils sont débiles aussi de mettre des tous petits feux en plein entre les deux voies. Comment on peut les voir quand on a l'habitude de regarder en haut sur les feux normaux, hein?

Finalement, il a guidé la traversée de la route, puis il a accepté de fermer les yeux jusqu'au théâtre. Je lui ai demandé de m'attendre dans le renfoncement d'une porte cochère à quelques mètres de l'entrée, pendant que j'allais retirer les places. Puis je suis allée le récupérer, et avec la complicité de l'ouvreuse, on a réussi à s'installer sans qu'il n'ait pu percevoir le moindre indice de ce qui allait suivre.
Il savait juste qu'on était au théâtre, rien de plus. Et ma foi, il avait l'air content, sans pour autant comprendre ce qu'il y avait de spécial.

Quand le rideau s'est ouvert, j'ai enfin relâché la pression. Elle était là, assise sur un banc, au premier plan.
Il a avancé sur son siège, a bloqué les yeux grands ouverts quelques secondes, puis m'a serré le bras en se tournant vers moi, surexcité.

- C'est Mélanie Laurent !!! C'est Mélanie Laurent !!! Ohhhhh c'est Mélanie Laurent, t'as vu !!!

 Toujours en appuyant ses doigts sur mon bras, de plus en plus fort.

Oui ben je sais que c'est Mélanie Laurent, ça va maintenant.
Là, j'ai compris que la surprise avait fonctionné à 100%.

Je ne l'ai jamais vu aussi concentré au théâtre. Il n'a pas décroché une seconde.
Et moi je me suis contrôlée pour ne pas ressentir une once de jalousie.

La pièce était drôlement bien écrite et mise en scène. En même temps, le fils Bedos, c'est un peu un génie de l'écriture, donc bon.
Le comédien, Jérôme Kircher, est une super découverte. Un talent fou dont je ne me suis pas lassée durant une heure, et j'en aurais voulu encore.
Le dénouement est à la hauteur des meilleures pièces de théâtre, et le sujet sacrément intéressant.
Je vous laisse voir sur le lien plus haut pour découvrir le pitch.

Et Mélanie, ben ... bon ... euh.
Elle est bonne dans les moments d'hystérie. Elle est marrante. Mais le reste du temps, elle récite. Je ne sais pas si c'est prévu dans la mise en scène, ou si c'est son jeu, mais ça m'a un peu gavé. Et surtout, j'ai du mal à supporter sa voix qui grésille, comme si elle fumait deux paquets par jour et que ça lui restait sur les cordes vocales.
Mais je la préfère au cinéma, notamment dans Inglorious Basterds, où je dois reconnaître que je l'ai trouvée excellente.

Mon bonhomme, lui, il l'a trouvée parfaite.
Je m'en doutais un peu.

Il était tellement content de sa surprise qu'il a dégainé la carte bleue au resto, où on a parlé de la pièce pendant une heure, inlassablement, comme on le fait chaque fois.

Et moi, je suis vraiment maso ravie qu'il ait pu fantasmer profiter d'une soirée avec autant de surprise et de plaisir.
What else?


PS : j'ai lâché deux trois fois dans la soirée qu'aller voir jouer le beau, le magnifique, le merveilleux, le sexy Mickael Ciani sur la pelouse me ferait une surprise géniale, un de ces jours.


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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 01:58

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Enfin un week-end calme qui va me permettre de remettre le couvert pour une distribution ce matin à la Soupe Populaire ! Direction Paris avec mon caddie de courses plein à craquer d'accessoires chauds venant de chez vous.
J'espère que cela va aussi bien se passer que la première fois, je vous raconterai tout ça la semaine prochaine.

Pis ce sera vélo, coocooning avec le bonhomme,  apparemment opération patinoire l'aprême, puis retour après quelques mois d'absence au marché avec mon panier de mémère, et probablement une tentative de fabrication d'abat-jour en papier mâché. Un week-end paisible, en somme.

Le bonheur, en fait.

En attendant de vous raconter la virée parisienne, je vous souhaite à toutes et tous un excellent samedi, et un encore meilleur dimanche.

Z'allez faire quoi?


PS : la photo, c'est un moment de bonheur simple. Mon Papi qui est fier de me faire une démonstration avec sa chienne Daisy, pour que je vois tous les progrès qu'elle a fait depuis qu'il l'emmène au dressage. C'était dans son jardin, avec lui, avec plein de sourires, donc c'était du bonheur :)
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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 12:31
Y a des jours où le moral est plus bas que bas.
Ces jours-là, je me félicite d'avoir quitté Paris et d'avoir la chance de pouvoir admirer ces jolies bêtes sous ma fenêtre, gambadant sur l'herbe mouillée par la pluie.  C'est tout simple, c'est la nature, ça ne coûte rien. Et c'est beau.
Ca rend le coeur plus léger, pendant quelques minutes. Ahhhhh, si seulement je pouvais avoir leur vie ... !

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velo-022.jpg Y a pas que moi qui aime les regarder ...


Y a quoi sous votre fenêtre à vous?
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /2010 21:16


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Trois petites choses que je retiendrai de ma journée :


J'ai une voisine de palier très gentille, à qui je donnerais environ 80 ans, qui me sourit toujours quand elle me voit, au point que la semaine dernière, j'ai lâché mes occupations sans râler pour descendre lui ouvrir la porte d'entrée, après qu'elle ait sonné à mon interphone parce que sa clef ne fonctionnait pas.
En lui appelant l'ascenseur, je l'ai regardée en souriant et une question est venue toute seule dans ma tête, sans que je ne l'y invite. Bizarrement, j'ai réussi à la laisser là où elle était, j'ai souhaité une bonne soirée à ma voisine et je suis remontée chez moi par les escaliers.
Le soir, j'ai constaté que la question n'était pas encore partie. J'ai fait quelques pas vers la porte d'entrée, dans l'idée d'aller taper chez ma voisine, mais encore une fois, je me suis retenue.
Le lendemain, pareil.
Plusieurs jours ont passé, jusqu'à cet après-midi. J'étais sur le palier, prête à fermer ma porte à clefs, quand la fameuse voisine est sortie de l'ascenseur. Nous nous sommes saluées, elle m'a encore souri, puis elle est allée jusqu'à son entrée quand je me suis retournée d'un coup d'un seul.

- Excusez-moi Madame, je voulais vous demander quelque chose ...
- Oui, dites-moi.
- Je me demandais si vous tricotiez ...
- Oui, un peu moins maintenant, mais je tricote encore.


Je pense que j'ai du avoir un air très gêné, car je l'ai senti à l'intérieur de moi, et surtout, son sourire est devenu amusé.
Et sans que je ne contrôle quoi que ce soit, la question enfouie depuis près d'une semaine est sortie.

- Est-ce que ça vous dirait qu'on tricote ensemble?

Ma pauvre, mais t'as pas de honte, c'est pas possible. Demander à ta voisine de 80 ans, que tu ne connais absolument pas, si elle veut bien passer quelques heures de temps en temps à tes côtés pour manier les aiguilles. A l'ancienne, quoi.
Ben si, je l'ai fait. Mais c'était pas moi. C'était une fille sortie de je ne sais où qui m'a remplacée pendant une minute. Une dingue.

- Alors ça, avec plaisir
!

Et son sourire était semblable à celui d'une grand-mère attendrie.

Voilà, j'ai une nouvelle copine.

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Ce soir, je me suis pris une râclée au Monopoly version 2003 par un enfant de 10 ans qui a été choqué quand j'ai dit que sur la case départ on devait recevoir 20 000 francs.
Plus tard, dans la conversation, j'ai parlé de Dorothée, quand elle chantait "Ouh la menteuse, elle est amoureuse, petit frère vas-tu te taire ". Après que je l'ai fredonnée, il m'a dit "Ca existe pas cette chanson, tu viens de l'inventer". Mais si ... le Club Dorothée, tu sais bien ! "Non, je connais pas."

Voilà, maintenant c'est confirmé. Je suis d'une autre époque. Et si j'étais pas au top du moral, là j'ai dégringolé de trois cent bonnes marches.

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Et pour finir sur une belle touche, ce matin j'ai été réveillée par le facteur qui m'amenait un recommandé envoyé par ma maman. Cela a tardé à cause des intempéries et donc des camions qui ne venaient plus livrer les courriers dans les centres de distribution de la Poste.
Dans le courrier, il y avait la carte cadeau pour pouvoir aller acheter mon super vélo (voir pour comprendre si pas compris).

Put***, j'ai mon vélo demain.
J'ai mon vélo demain.
J'ai mon vélo demain !!!


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Et vous, vous retenez quoi de votre journée? Ou de votre semaine?




Ahhhhhhhhhhhhhhh au fait !!! J'vous ai pas dit ????
J'ai mon vélo DEMAIN !!!
Par Mademoiselle Coco - Publié dans : Tranche de vie. - Communauté : Plurielles
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 02:55

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Avec ma Zoubzoub, nous étions persuadées, depuis nos treize ans, que nous ferions tout ensemble toute notre vie. Nous nous étions promis d'aller à la fac ensemble, de trouver du travail en même temps, de partir en vacances au même endroit, de prendre un appartement en colocation, de nous installer avec nos chéris mais dans des maisons proches, de nous marier la même année, de nous attendre pour avoir chacune notre premier enfant ...


C'était sans compter sur nos rêves respectifs.
La vie nous a séparées géographiquement il y a bientôt cinq ans.
Jusqu'à ce jour de juillet où j'ai pris le train pour partir vivre à 800 kilomètres, nous avons presque tout fait ensemble. Les cours, les repas du midi, du soir, les vacances, les dodos l'une chez l'autre, certains jobs, les sorties en boite, les soirées entre amis, les carnets secrets écrits à quatre mains, les cours donnés à des enfants, les baby-sittings géants, les plus gros fous rire, les consolations de chagrins, presque tout.

Zoubzoub, c'est ma troisième soeur. M'enfin, c'est facile de voir qu'on est pas vraiment des mêmes parents, elle étant relativement colorée puisque réunionnaise-malgache, moi étant blanche comme un linge puisque de métropole allergique aux UV A et B.
N'empêche que ça fait quinze ans qu'on s'aime comme si on sortait du même ventre. Même que ma famille la considère des nôtres, et que moi je suis pareil dans la sienne.

Je rêvais de cinéma, elle avait trop besoin de soleil pour pouvoir quitter le sud.
Alors on a appris à ne plus se voir chaque jour, à ne plus pouvoir se raconter la moindre broutille du quotidien, à condenser tous nos secrets et nos émotions dans des conversations téléphoniques hebdomadaires et des rares retrouvailles en chair et en os.
Il a fallu bien deux ans pour que nous arrivions à nous y faire. Puis nous avons vraiment pris l'habitude.

En 2007, elle m'a téléphoné alors que ce n'était pas prévu que nous dépensions deux heures de son forfait ce jour-là. J'ai été surprise, mais pas autant que quelques minutes plus tard. Ce jour-là, elle m'a annoncé qu'elle avait envie d'avoir un bébé, et qu'elle allait le faire.
Ben merde alors, et moi?
On avait dit qu'on les ferait en même temps !
J'ai vite oublié tout ça, parce qu'avoir un bébé, c'était son rêve à ma Zoubzoub. Et moi, j'en étais encore un, donc c'était pas pour de suite.

A 800 kilomètres, j'ai tout suivi. Les tests de grossesse, les échographies,  les photos du ventre qui s'arrondit chaque mois, les consultations chez la gynéco. C'était pas tout à fait comme on l'avait imaginé quand on était gamines (elle disait aussi qu'elle voulait 9 enfants, quand on était gamines. Et ça je suis pas sûre qu'elle le fasse non plus, hein.), mais elle ne m'a pas oubliée. Malgré les kilomètres, elle m'a tout fait vivre de sa grossesse. J'avais un peu le coeur lourd de ne pas être avec elle, de pouvoir faire les magasins pour flâner dans les rayons de naissance, de faire des plans sur la comète autour d'un Perrier en sortant des boutiques, de partager tout ça en direct avec elle.
Mais si loin, j'ai quand même vécu un truc qui était assez génial. Un soir, alors qu'elle était en congés maternité depuis deux semaines, elle est venue me parler sur MSN. Cela devait déjà faire quatre ou cinq heures qu'on papotait quand elle m'a demandé si je pouvais rester encore un peu. Je devais me lever tôt, mais tant pis. C'était trop bien de l'avoir autant de temps avec moi, même à travers un écran. Surtout, je trouvais bizarre qu'elle n'aille pas dormir alors qu'il était si tard. On a continué à parler jusqu'à 4 heures du matin, à se dire qu'on languissait que le bébé naisse, on l'imaginait, on était surexcitées.
Le lendemain, sur le coup de midi, j'ai reçu un appel de son chéri.
Il m'annonçait que la petite perle dorée qu'on attendait tant faisait enfin partie de nos vies !
Bon, j'ai pleuré et tout et tout, bien sûr, j'étais surexcitée, impossible de bosser, je regardais les billets de train beaucoup trop chers, c'était le plus beau jour de l'année.
Mais surtout, j'ai appris qu'à 5h30 du matin, ils avaient du filer à la clinique car elle avait perdu les eaux. Je suis sûre qu'inconsciemment, pendant la nuit, elle savait qu'il allait se passer quelque chose et c'est pour cette raison qu'elle voulait que je reste parler avec elle. Alors moi, ça peut paraitre idiot, mais je suis heureuse d'avoir partagé avec elle ses dernières heures innocentes, avant qu'elle ne devienne une vraie femme avec une vie qui ne serait plus jamais la même.

Cela fera bientôt deux ans que ce jour est arrivé.  Ce jour qui a changé nos vies. Oui, même la mienne. Et cette enfant est une merveille. Ces petites boucles, cette peau dorée, ce rire joyeux, cette voix à vous faire devenir gaga, ce sourire coquin, ces grands yeux noirs qui laissent présager un tempérament de feu ...
Lorsqu'elle était toute bébé, j'osais à peine la prendre dans mes bras, de peur de la casser. Avec elle, j'ai pris conscience de ce qu'était un enfant. Un trésor humain, un joyau. Aujourd'hui, je compte les jours lorsque je dois descendre dans le sud, jusqu'à ce que je la retrouve et que je puisse la contempler, jouer avec elle, la croquer des yeux pour l'emmener dans ma tête jusque dans le 77.
Et j'observe ma Zoubzoub avec une tendresse infinie, devenir une femme accomplie, heureuse aimée et aimante. Je l'admire tellement, d'avoir osé franchir le cap pour réaliser son rêve et devenir celle qu'elle rêvait d'être. Je suis surprise quand je l'entends lever la voix ou dire fermement "Non !". J'adore la voir partager sa part de gâteau avec sa fille sur ses genoux, qui s'en met partout et déclenche un fou rire général. Elle a tellement grandi en deux ans, ma Zoubzoub. Et j'ai bien l'impression qu'elle m'a fait grandir aussi.

Elle me raconte des tas de choses au téléphone, m'en apprend énormément, me fait me rendre compte de certaines de mes envies personnelles jusqu'ici enfouies je ne sais où.

Pendant les vacances de Noël, j'étais super excitée de retrouver la petite perle. Depuis ma dernière visite six mois auparavant, elle a appris des tas de choses. Au téléphone, quelques semaines avant, elle me chantait la chanson de la pub de Babybel ou fredonnait "C'est ma terre" de Christophe Mae. Alors que l'été dernier, elle ne parlait pas encore !
Le plus bizarre pour moi, c'est que lorsqu'elle me parlait au téléphone, elle ne savait pas bien qui j'étais. Elle ne me voit pas souvent, à peine trois fois par an, et était trop petite pour se souvenir de moi. Je le dis honnêtement, ça me faisait de la peine.

Jusqu'à ce Noël.
Où un soir, alors que je jouais à la dinette avec elle, je lui ai fait répéter "Coco" je ne sais combien de fois en m'auto désignant. Elle l'a volontiers dit une bonne vingtaine de fois, sans franchement comprendre ce qu'elle racontait. Mais rien que d'entendre ces deux syllabes dans sa bouche, avec son petit accent sudiste, m'a rendu heureuse.
Puis trois jours plus tard, alors qu'elle et ses parents nous rejoignaient tous pour une soirée chez un de nos amis, il parait que dans la voiture, elle n'a cessé de répéter "Coco". Zoubzoub m'a raconté qu'ils étaient très surpris, car ils ne lui avaient absolument pas dit qu'ils venaient me retrouver.
Et pendant cette soirée-là, nous avons joué ensemble des heures entières, sous le regard attendri -et je ne crois pas m'avancer en disant également heureux, de ma Zoubzoub. Je lui ai expliqué je ne sais combien de fois que j'étais Coco. Alors pendant plusieurs heures, elle a appelé tout le monde Coco ! Homme ou femme, chacun y a eu droit. Du coup, j'ai décidé de faire une séance photos avec elle, et en lui montrant nos têtes sur l'écran, elle a fini par intégrer.
On m'aurait donné dix mille euros que j'aurais pas été plus heureuse !

Mais ce qui me touche le plus, c'est que ses parents, quand ils lui parlent de moi, même en ma présence, m'appellent "Tatie Coco". Je veux dire, je suis la seule de leur entourage à ne pas être de leur sang qu'ils souhaitent voir avoir une place et un statut dans la vie familiale de leur fille ...
Et ça, c'est un cadeau merveilleux.

Je suis rentrée dans le 77 le coeur léger et heureux, grâce entre autres, à ce rayon de soleil de 22 mois, avec des Coco prononcés par une petite voix malicieuse qui résonnent sans cesse dans ma tête. Cette enfant, je l'aime infiniment, c'est dément.

Hier, j'ai envoyé un sms à  ma Zoubzoub en lui disant que la petite perle (ma nièèèèèèce huhu) me manquait ...
Elle m'a répondu "Et bien sache que depuis que tu es partie, elle n'arrête pas de répéter "Coco" tous les jours."

Elle ne m'a pas oubliée ...
Mon dieu, que ça apporte des bonheurs, l'amitié ! Même 5 ans et 800 kilomètres n'ont pas réussi à nous enlever ça, à ma Zoub et moi.

PS : la petite perle va devenir grande soeur en février, le soleil va doublement briller, donc. J'ai hâte !
Par Mademoiselle Coco - Publié dans : Tranche de vie. - Communauté : Je tricote, tu tricotes, ...
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